Interview de Mireille Jacques

Chez Konjak Paris nous avons l’habitude de rencontrer des femmes extraordinaires et inspirantes mais cette fois nous avons été vraiment impressionnés par le parcours incroyable de Mireille Jacques, qui nous a raconté sa première partie de vie, émaillée d’épreuves difficiles mais aussi de moments magiques ! Une femme qui a vécu plusieurs vies où les mots de liberté, créativité trouvent tout leur sens et un exemple de résilience à suivre !

 

 

Bonjour Mireille, merci de prendre le temps de répondre à nos questions. Pour commencer pouvez-vous nous raconter votre enfance ?

Je suis née dans l’Est de la France, près de la frontière allemande. Ma maman était couturière pour des maisons de haute couture comme Dior ou Lanvin. Je suis la benjamine d’une famille de 6 enfants. Malheureusement mon père était violent et quand j’avais 2 ans, ma mère a décidé de le quitter, a pris le train avec ses 6 enfants et est venue se réfugier en Charente. Elle m'a confié aux bons soins de ma grand-mère. J'y suis restée les premières années de ma vie, seule. La séparation d'avec ma famille a été le terreau d’une extrême solitude.

Ma mère était une femme extraordinaire et une femme très courageuse. Elle était la plus jeune résistante de France, et ce détail contribue largement à gonfler l'admiration sans borne que j'ai pour elle. Elle a dû subvenir seule aux besoins de tous ses enfants et toujours se battre sans rien lâcher. Plus tard dans ma vie j’ai compris que l’amour inconditionnel que je portais à ma mère se doublait aussi d’une forme de pression inconsciente : comment être à la hauteur d’une personne si extraordinaire, cela peut être un peu écrasant.

J’ai été élevée par ma grand-mère et ai rejoint à 11 ans le reste de ma famille après un incident avec un voisin « trop aimable ». Pendant ce séjour chez ma grand-mère je me suis inventé des mondes imaginaires et ai développé comme je l’ai dit une forme de solitude. J’avais une image idéalisée de mon père absent et ai mis du temps à comprendre ses fautes. J’ai alors commencé à dessiner, une passion dans ma vie et une manière d’extérioriser mes émotions.

Quelles étaient vos inspirations pour le dessin ?

Mes inspirations ont toujours été portées par les plus grandes signatures de la haute-couture française (Dior, Givenchy, Balmain........). J'ai toujours été particulièrement sensible à l'esthétique des années 50 qui savaient mettre en évidence l'élégance. J'aime revisiter cette toile de fond mais l'esprit reste le même. Le cinéma hollywoodien, par sa grandeur et sa magie, sculptait mes envies.

Ensuite, il y a un tournant dans votre vie…

Oui, j’ai rencontré un homme, ai eu deux garçons (Romain et Peter, qui ont 8 ans d’écart), les années passent à une vitesse extraordinaire. Je ne suis pas heureuse en ménage, je consacre ma vie à travailler (je gère une crêperie) et à élever mes enfants. Mais la fibre artistique ne quitte pas, je peins beaucoup (à l’huile, des tableaux sombres reflet de ce que je vivais) et continue à dessiner.

Vous auriez pu vous résigner mais là, vous prenez une décision importante…

Oui, je suis partie comme ma mère l’avait fait. Je me sentais étouffée dans mon quotidien avec un mari qui ne me rendais pas heureuse. J’ai quitté la crêperie et ai entrepris une formation pour devenir soignante et, depuis 25 ans, je travaille à l’hôpital. J’avais cette fibre de soigner les autres, de comprendre et d’être à l’écoute.

Qu’est-ce qui est le plus dur dans ce métier ?

Ne pas réussir à amoindrir la souffrance. D’être parfois impuissant, démuni en situation d’échec. Car nous n’avons pas assez de moyens. Nous arrivons tant bien que mal à soulager la souffrance physique avec de la prise en charge mais en ce qui concerne la souffrance psychologique, c’est très dur et parfois nous n’avons pas d’argument pour soulager l’autre. La crise du COVID-19 appuie là où ça fait mal. Bien sûr on n’a pas détesté être applaudi tous les soirs par les Français mais ensuite les gens oublient. On recevait beaucoup de messages gentils de soutien et puis après le déconfinement, plus rien.

Et vos activités artistiques ?

Il y a 6 ans, j’ai rencontré un homme qui a fait basculer mon existence. Littéralement. Il m’a redonné confiance en moi, m’a permis de prendre mon envol. Alors, j’ai recommencé à dessiner mais différemment. Je viens de terminer un album d’illustration de 300 pages qui mêle texte et dessins et qui raconte l’histoire d’une maman (Rose) proche de celle de ma mère. J’ai pu mêler dans cet ouvrage ma passion pour la mode (il y a deux collections de haute couture à l’intérieur), mes démons à combattre, et le parcours d’une femme exemplaire. Le livre a circulé, les retours ont été très positifs, cela fait chaud au cœur. Je vois cet ouvrage comme le début d’une série d’albums.

Je travaille actuellement en parallèle sur deux projets : un album pour enfants (combattre les peurs, les angoisses enfantines sur fond de bienveillance et d'amour), ainsi qu'un roman particulièrement sombre mais lui aussi, plein d'espoir.

Vous avez fait preuve d’une résilience hors du commun, quels conseils pourriez-vous donner à des personnes qui rencontrent des difficultés ?

Au plus profond du désespoir, il y a toujours quelque chose à vivre, une main tendue, une rencontre à faire, il faut absolument s’accrocher, ne jamais se dire que c’est terminé. Aujourd’hui je me retourne sur mon existence et ce que je peux dire c’est que j’ai aimé (et j’aime toujours), oui j’ai aimé follement, des personnes et la vie !

A part vos enfants, quelle est votre grande fierté ?

Ma plus grande fierté c’est d’être restée vivante. J’ai eu une vie torturée, j’ai vécu des choses affreuses et traumatisantes mais j’ai vécu, une vie lisse c’est terrible !  Et le meilleur est à venir !

 

Merci Mireille, j’espère que votre parcours de vie exemplaire sera inspirant pour celles et ceux qui nous lisent !

xxx

Jak 

 

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