Interview de Margaux Aliamus, cofondatrice de CIRCLES

C’est un arrêt de pilule et un dérèglement hormonal qui a ouvert les yeux à Margaux Aliamus et lui a donné envie d’entreprendre ! Cette brillante entrepreneure basée à Berlin vient de lancer CIRCLES, une start-up qui aide les femmes à gérer le syndrôme pré-menstruel et les douleurs de règles avec des solutions naturelles. Ses valeurs résonnent avec celles de Konjak Paris : sororité, transparence, produit ultra-qualitatif. Dans ce passionnant entretien, elle nous parle de son passage chez Rocket Internet, la genèse de son projet, la répartition des rôles avec son associée et ses projets d’avenir. Inspirant !

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Peux-tu nous raconter ton enfance ? 

Nomade ! Je suis née dans une famille d’aventuriers et d’entrepreneurs. Mes grands-parents ont vécu aux 4 coins de la planète, pour les affaires de mon grand-père mais aussi par soif d’”autre chose”. À l’époque c’était peu commun de partir vivre dans des pays en développement par choix mais ça leur a apporté une telle ouverture d’esprit, alors qu’ils venaient de milieux qui ne les y destinaient pas forcément. Ils ont donné le virus à mes parents qui ont élevé mes grands frères sur un bateau autour du monde et ont toujours refusé de vivre au même endroit trop longtemps. Encore aujourd’hui ils ont décidé d’aller passer leur retraite sur un bateau autour de la Méditerranée pour continuer à explorer le plus longtemps possible ! Pour ma part je n’ai jamais vécu plus de 3 ans dans la même ville, j’ai suivi le boulot de mon père aux 4 coins de la France et en Italie. Ça n’a pas été facile de changer d’école, d’amis et de langue tout le temps mais aujourd’hui ça m’a apporté une adaptabilité assez rare qui me rend service dans tous les domaines de ma vie. Et j’ai continué puisque plus tard entre stages et échanges j’ai saisi toutes les opportunités qui se présentaient d’aller vivre ailleurs : UK, Brésil, USA, et aujourd’hui je vis à Berlin en Allemagne qui est LA ville Européenne qui réunit une multitude de profils comme le mien. Je pense clairement que c’est mon enfance qui a façonné ma personnalité d’entrepreneuse : ma plus grande angoisse c’est d'être “bloquée” géographiquement ou mentalement, je ne supporte pas le statu quo, la fermeture d’esprit et mon activité favorite c’est l’exploration et les voyages, et poser mille questions aux gens que je rencontre… Pas besoin de chercher midi à quatorze heures. 

 

Quel a été ton parcours jusqu’à CIRCLES ? 

École de commerce (ESSCA), ça fait déjà 10 ans ohlala ! Déjà en école je n’avais aucune envie de faire mes stages dans des grosses boites, je voulais toucher à tout et surtout ne pas me spécialiser. J’ai fait tous mes stages dans des startups, à l’époque c’était le tout début de la tech en Europe, en France il n’y avait encore aucun écosystème, ça n’était pas encore la mode et c’étaient plutôt les stages que personne ne voulait. Et pourtant j’ai tellement appris, mon stage de césure a été je pense une de mes meilleures expériences pro à date et après avoir connu ça, plus question de faire autre chose ! À peine diplômée je suis partie à Berlin qui avait un écosystème tech beaucoup plus développé, car je voulais apprendre et un jour monter ma propre boite. J’ai bossé pour plusieurs startups early stage, toujours des postes un peu transverses type bras droit CEO pour apprendre le plus possible. Il y a 4-5 ans j’ai eu l’opportunité de fonder mon premier business en rencontrant un business angel qui avait une idée et cherchait un.e founder, c’était une plateforme de réservation de transats/parasols sur les plages sud-européennes. Le projet a tenu 1 an le temps de lancer un MVP et de se foirer de manière monumentale, à cause de plein de choses dont mon manque d’expérience. J’ai ensuite rejoint le top management d’une startup de Rocket Internet, j’avais envie d’une expérience dans une startup later stage, tout en ayant la ferme intention de remonter quelque chose ensuite. Je suis partie après 2 ans pour créer Circles.

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Quel souvenir gardes-tu de ton passage dans la galaxie Rocket ? 

Le passage “classique” chez Rocket c’est en tout début de carrière, en tous cas il y a quelques années à l'âge d’or de Rocket c’étaient des expériences incroyables, Rocket donnait des postes avec énormément de responsabilités aux 4 coins du monde à des jeunes diplômés avec “la dalle” d’apprendre et de bosser, donc peu regardants sur les conditions de travail. J’ai plein d’amis qui y sont passés et qui ont ensuite eu des opportunités de carrière dingues grâce à ça. Aujourd’hui Rocket c’est assez différent, c’est une grosse machine portée par des consultants et des experts de l’exécution, et non plus par des entrepreneurs. En y entrant un peu plus tard dans ma carrière à un poste “élevé”, j’ai pu voir les rouages de la machine, la relation entre la maison mère et les fondateurs des “ventures”, la manière dont les employés sont embauchés et gérés, et je suis contente de l’avoir vu car je sais maintenant ce que je ne veux pas reproduire dans mon entreprise, notamment au niveau humain. Disons que le “scaling à tout prix” laisse peu de place à l’humain, et je pense que rentrer chez Rocket en tant que jeune diplômé aujourd’hui offre bien peu de place à l’apprentissage… Et aux erreurs.

 

Quelle a été la genèse de CIRCLES ? 

 

Un arrêt de pilule il y a 2 ans (par volonté de passer au naturel) qui m’a provoqué ce qu’on appelle un “effet rebond” : je me suis retrouvée couverte d’acné (de gros kystes douloureux sur le visage et dans le cou), j’ai perdu mes cheveux, ma pilosité a énormément augmenté, bref des réjouissances. C’étaient mes hormones qui étaient complètement déséquilibrées suite à l'arrêt et probablement un déséquilibre “de base” qui avait été caché par une pilule prescrite trop tôt, à 15 ans et prise pendant plus de 10 ans. Je me suis rendue compte qu’on était des milliers dans mon cas et que notre seule solution, face au manque d'intérêt de la part des gynécos, était de se réunir sur des groupes Facebook pour s’échanger des conseils et des recettes de grand-mère pour lutter contre ces symptômes, ce qui n’est absolument pas “efficace” ni safe (les plantes, c’est pas anodin malgré les idées reçues). Et le même phénomène se produit autour de tous les “maux” menstruels : douleurs de règles, syndrome prémenstruel, etc. Les médecins s’en foutent donc les femmes cherchent des solutions par elles-mêmes, et elles veulent du naturel. L’idée de Circles était née !

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Quelles sont les valeurs que vous défendez ? 

 

Sororité : Circles est née du constat que les femmes comptaient sur la solidarité entre femmes pour résoudre leurs problèmes gynéco, à défaut de trouver du soutien de la part des médecins. On reprend ce principe en créant des communautés de femmes dédiées à ces sujets pour leur donner les outils qu’elles recherchent de manière safe.

Transparence : au niveau des produits : on ne vend pas des pilules magiques, on avertit sur le fait que la médecine par les plantes c’est long, c’est une approche globale, c’est avant tout l’alimentation, l’hygiène de vie et la connaissance de son corps. Une personne qui suit une cure de rééquilibrage hormonal Circles ne devrait pas avoir besoin de revenir acheter d’autres produits. D’un point de vue économique ça peut paraître contre-productif, mais on s’en fout, ce qui compte c’est aider les femmes à cesser de subir leurs cycles.

Autonomie gynécologique : le 2è problème majeur après le manque de solutions c’est le manque d’éducation sur la santé féminine (c’est un pb historique et de société, ce n’est pas la faute des femmes). Bien au-delà de vendre des produits, notre mission c’est de donner de l’information aux femmes pour qu’elles deviennent autonomes sur leur santé hormonale et aient les armes pour aller poser les bonnes questions à leur médecin. Si dans 10 ans il n’y a plus besoin de Circles car toutes les femmes sauront prévenir leurs maux menstruels, ce sera tant mieux !

 

Vous avez placé les solutions naturelles contre le syndrome prémenstruel, les douleurs de règles au cœur de votre projet, comment expliques-tu qu’il y ait aussi peu de solutions disponibles sur le marché actuellement ? 

 

Le plus gros manque se situe au niveau de la recherche médicale quant à la santé féminine. Il existe par exemple plus de 200 médicaments spécifiques aux troubles de l’érection mais aucun absolument spécifique aux problèmes menstruels (les médicaments antalgiques ne sont pas faits pour ça et d’ailleurs leur usage répété est dangereux, et la pilule est un moyen de contraception, il faut savoir qu’il est interdit de la prescrire pour traiter des symptômes - chose que les médecins font quand même allégrement).

 

De toute façon il faudrait cesser d’avoir une approche symptomatique sur ces sujets-là et s’attaquer à la cause du problème, et c’est précisément ça que ne fait pas la médecine occidentale. En sachant prévenir les dérèglements hormonaux (notamment grâce à l’alimentation) les femmes auraient beaucoup moins de maux menstruels. Ce n’est absolument pas normal que 88% des femmes souffrent en moyenne 3 jours par mois… (étude Circles réalisée auprès de 3.000 femmes).

 

Les solutions naturelles existent, depuis la nuit des temps, nos grand-mères les connaissaient encore, mais elles sont pas mal tombées dans l’oubli. Grace à la réapparition des disciplines comme la naturopathie et la phytothérapie on recommence à utiliser la médecine par les plantes, mais aujourd’hui on ressort de chez la naturopathe pour un problème de SPM avec 200€ de compléments alimentaires à acheter et 15 gélules à ingérer par jour. Nos cures sont une vraie innovation car on a rassemblé toutes ces plantes et minéraux en une solution clé en main dédiée à chaque dérèglement hormonal. 

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Quelle est la répartition des rôles avec Sis ta cofondatrice ? 

 

Je suis plutôt business et produit, elle est experte en marketing et growth donc on se complète parfaitement d’un point de vue opérationnel. Il faut savoir que nous vivons à Berlin, je suis française et Sis est germano-israélienne et ne parle pas français. Nous avons décidé de lancer Circles en France d’abord mais la marque est vouée à être européenne (il y a urgence partout pour aider les femmes donc pourquoi se limiter à un seul pays ?). Si tout se passe comme on veut on lancera l’Allemagne rapidement, donc je pense que naturellement la répartition entre nous se fera aussi au niveau des marchés, notamment au niveau de la représentation. 

 

Comment partages-tu ton temps aujourd’hui ? Parviens-tu à déléguer ?

 

Je travaille à 2.000% à la préparation de notre campagne de crowdfunding qui aura lieu en février 2021 sur Ulule, c’est un véritable marathon et heureusement Lisa, notre responsable réseaux sociaux et contenus nous a rejointes récemment, elle est experte sur tous nos sujets et c’est une vraie magicienne des plantes et de la santé gynéco elle aussi, donc grâce à elle on arrive à déléguer en toute confiance une partie du boulot extrêmement chronophage et ça fait une vraie différence sur une campagne de crowdfunding aussi ambitieuse que la nôtre. 

 

As-tu prévu de lever des fonds ? 

J’aimerais éviter et rester indépendantes le plus longtemps possible. Déjà parce que sur un modèle économique en D2C (direct to consumer) au-delà du capital initial pour payer la 1re production (qu’on a choisi de récolter via une stratégie de crowdfunding en précommande), on peut avoir une croissance saine et rentable. Une fois qu’on aura la confirmation que notre modèle est rentable ça voudra dire que notre offre est vraiment utile et que les femmes en ont besoin (product market fit) et alors on pourra envisager de lever des fonds pour accélérer notre croissance et se développer dans d’autres pays). Je refuse de gâcher de l’argent et notre indépendance au passage avant ça. Et je ne supporte pas la tendance actuelle de juger du succès d’une startup sur le montant qu’elle a réussi à lever, c’est un non-sens total et ça n’incite pas les entrepreneurs à développer des produits utiles. 

 

Quelle est ta plus grande fierté d’entrepreneure ? 

 

Je crois que j’ai enfin réussi à me débarrasser de mon syndrome de l’imposteur, après plus de 2 ans de travail sur Circles (et 30 ans de sentiment d’imposture). Quand on commence à monter un projet c’est vraiment écrasant comme sentiment et c’est une constante remise en question, tellement dur de se sentir légitime. Je crois que ça y est j’ai accepté que je suis peut-être suffisamment compétente pour faire quelque chose d’utile et je crois que ça a à voir avec la publication de mon livre (La Méthode 28 Jours) et le fait que l’aventure Circles devienne enfin concrète avec le lancement sur Ulule.

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Quel est le roman (ou le film) qui t’a le plus marqué et pourquoi ? 

 

Les Enfants de la Terre par Jean M. Auel. C’est une saga en 10 bouquins qui raconte l’histoire d’une petite fille Sapiens qui est élevée par une tribu de Neandertal, elle y apprend la médecine ancestrale utilisée depuis les tout premiers êtres humains : les plantes. On suit toutes ses aventures et son apprentissage de la médecine. L’autrice s’est incroyablement documentée notamment au niveau herboristerie et phytothérapie. J’ai lu toute la saga au moins une dizaine de fois depuis mes 13-14 ans et je crois que ça a vraiment ancré dans mon esprit ce “lien” entre la nature et la médecine. Qui sait peut-être que sans ces livres Circles aurait été beaucoup moins une évidence !

 

Quel est le rêve qui te reste à réaliser ? 

 

Faire le tour du monde (ou au minimum de l’Atlantique) en voilier. Mes parents l’ont fait il y a 35 ans avec mes 2 frères bébés, donc aucune excuse de “vie”: je le ferai un jour. J’ai passé un deal avec moi-même :)

 

Quel est le plus beau voyage que tu aies réalisé ? 

 

3 mois en sac à dos en Amérique Centrale il y a 4 ans. On en rêvait et on est parti avec mon conjoint quand le timing nous l’a permis à tous les 2. On est parti de Cuba et descendus jusqu’au Nicaragua, 7 pays en 3 mois c’était intense mais incroyable. On est revenu transformé mentalement et physiquement, encore une fois ça m’a fait réaliser à quel point l’alimentation, le sport et le soleil permettent d'être infiniment en meilleure santé que nos vies citadines et nos boulots à écran. Cela a confirmé mon intention de ne pas vivre en ville (ni dans un pays froid) toute la vie et c’est vraiment d’un point de vue de santé physique et mentale. 

 

Que penses-tu des compléments alimentaires ? En prends-tu personnellement ? 

 

J’en vends donc j’en pense du bien :) personnellement ça a sauvé ma peau (et ma santé mentale) après mon horrible arrêt de pilule. Après “les compléments alimentaires” c’est comme “les médicaments” on ne peut pas faire ni prendre n’importe quoi. Cette idée reçue comme quoi “les plantes c’est anodin” est dangereuse, n’oublions pas que les médicaments ce sont des plantes aussi au départ. Ce qui marche sur une personne ne marche pas sur l’autre et il y a énormément de contre-indications et le surdosage est tout à fait possible. La prise de compléments alimentaires doit être informée et j’ai beaucoup de mal avec les marques qui vendent des “vitamines magiques” comme des petits bonbons qui vont faire des miracles (pas trop en Europe encore, surtout aux USA c’est un business florissant) C’est faux et dangereux, et de toute façon si on prend des compléments alimentaires en ne changeant pas son hygiène de vie ça ne servira à rien du tout car la cause du problème sera toujours là. 

 

Que penses-tu de Konjak Paris ? As-tu un conseil à nous prodiguer ? 

 

J’adore :) Je connais la démarche de Kahina qui part d’une expérience de santé personnelle et une vraie volonté d’en faire profiter d’autres personnes, c’est loin des démarches opportunistes et c’est super. Mon conseil c’est de garder votre âme et vos valeurs à tout prix, je suis persuadée que les initiatives qui survivront à la frénésie entrepreneuriale actuelle seront celles qui sont mues par une vraie mission de bien social (et environnemental).

 

Merci Margaux <3

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