Interview de Lisa Vignoli, journaliste et auteur

C'est en dévorant son dernier livre « L'avocat était une femme » co-écrit avec Julie Minkowski (courez l'acheter, vous allez vous régaler !) que nous avons voulu partir à la rencontre de Lisa Vignoli, une brillante journaliste (Vanity Fair) et auteure. Nous n'avons pas été déçus, car cette jeune parisienne, lumineuse et cérébrale, nous a parlé de son goût pour l'écriture (elle a un don pour les portraits), de ses livres, de son amour pour sa ville natale (Marseille) et nous conseille un film visionnaire (et très drôle) ! Une personnalité vraiment inspirante !

Pouvez-vous nous raconter votre enfance ?

Mon enfance ressemble à ce que les vacances sont pour certains. Dans mes souvenirs, il y a la mer, le soleil et une famille dans laquelle cela comptait de célébrer, d’être ensemble. Je crois que ma mère avait compris ce que voulait dire être heureux, malgré les épreuves, par-delà les épreuves je dirais.

 

Photo : Philippe Conti

 

Pouvez-vous nous parler de votre amour pour Marseille ?

Marseille est la ville où je suis née, où ma famille se trouve toujours et dans laquelle j’ai gardé quelques amis. Je suis attachée à sa lumière et à la familiarité que j’entretiens avec elle. Je la connais bien ses travers, ses merveilles et je l’aime comme on aime une vieille amie dont on est conscient des qualités et des névroses. A chaque fois qu’on la retrouve on se dit : je suis bien ici, c’est chez moi.

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Comment avez-vous choisi vos études ?

J’ai choisi le Droit car je voulais être avocat spécialisé en propriété intellectuelle ou journaliste. Le droit me semblait être ce socle général qui “menait à tout” et me laissait du temps. Très vite, je me suis rendu compte que la matière de “propriété intellectuelle” était une façon de m’intéresser et de me rapprocher de la création, de la littérature, du cinéma, de tout ce qui me passionnait, en fait. Pas une seule fois au cours de ces études je n’ai suivi le parcours classique. Tous mes stages nécessitaient des dérogations : pendant que mes camarades apprenaient dans des cabinets d’avocats, des études de notaires, je me retrouvais au sein du magazine ELLE, de la rédaction de France Culture. Et puis, l’écriture... Ma licence terminée, j’ai passé les concours des écoles de journalisme et intégré celle de Lille (ESJ). J’y ai énormément appris.

 

Vous avez suivi les sujets sociétaux et la culture chez Marianne puis M Le  Monde et enfin Vanity Fair, en quoi la culture d’entreprise de ces trois magazines  diffère-t-elle ?

Le magazine Marianne m’a offert mon premier poste. C’était avant l’élection de François Hollande. A peine diplômée, j’étais plongée dans le bain politique en suivant la campagne de 2012! Au journal, l’équipe dirigeante était très masculine et engagée. Il fallait prouver beaucoup pour s’imposer et exister en tant que jeune journaliste et jeune femme. Avoir les meilleures idées, écrire les meilleurs papiers et faire sa place. C’était une formation intense et finalement très bénéfique. La suite a été peut-être plus douce, j’étais (un peu) plus âgée et (un peu) plus expérimentée.

 

Vous avez un véritable don pour les portraits, qu’est-ce qui vous plaît autant  dans cet exercice ?

C’est gentil ! J’adore essayer de trouver les clés qui ne me sont pas données tout de suite. J’aime enquêter, comprendre, mes amis m'appellent “Duluc détective”. D’un point de vue humain et psychologique, les personnalités complexes m’intéressent. Les contradictions, l’endroit d’où l’on vient et ce que l’on en fait. Où l’on se trouve aujourd’hui. Nous ne sommes que ça et le monde n’est fait que de la multiplication de nos individualités!

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Aux premières loges pour observer les industries culturelles et le numérique,  quelles sont les grandes évolutions que vous avez observées depuis 10 ans ? 

De très nombreuses je dirais mais l’actualité récente me donne envie de répondre tout de suite à votre question sur un point particulier : je suis assez effrayée en réalité par ce que les réseaux sociaux peuvent créer en terme de lynchage. J’ai énormément de mal avec le phénomène de meute. Et puis, très récemment pour la publication d’un livre, je me suis (re)plongée dans l’univers du droit et de la justice et je crois que même dans les temps actuels de libération de la parole qui sont salvateurs je préfère que la justice fasse son travail. On parle souvent de “tribunal médiatique” alors qu’en réalité il s’agit de décision de procès car au tribunal chacun peut exposer son point de vue et sa défense.

 

Dans votre premier livre (« Parlez-moi encore de lui », Stock) vous racontez  l’histoire de Jean-Michel Gravier, un journaliste chroniqueur mondain, très  introduit dans le milieu du cinéma. Comment vous êtes vous intéressée à ce  personnage emblématique des nuits parisiennes et que ce parcours raconte-t-il de  ces années 80/90 ? 

Quelqu’un qui me connaissait bien m’a orientée vers lui, c’est ce que je raconte au début du livre. Gravier était un “connu inconnu”. Connu d’un petit monde, inconnu du grand public et je trouvais que ce décalage était injuste. J’ai voulu lui redonner la notoriété qu’il n’avait pas eu en quelque sorte. Ou de manière trop brève. Et encore une fois, Gravier était une personnalité complexe qui m'intéressait : il paraissait superficiel mais pouvait être très sombre. Il semblait vivre au jour le jour mais s’inquiétait de l’avenir. Il voulait laisser une marque de lui mais ne faisait rien pour. Aussi, il évoluait dans une époque et un milieu qui étaient beaucoup plus libres qu’aujourd’hui. Le cinéma, la presse, la nuit dans les années 80, c’était autre chose! Bien sûr tout n’était pas merveilleux à cette époque. Et comme Gravier, pendant ces deux dernières décennies du XXème siècle, qu’on retient comme “les années Sida” beaucoup ont laissé leur peau et beaucoup de talents : je pense au critique de cinéma Serge Daney, au dramaturge Jean-Luc Lagarce, au réalisateur Cyril Collard et à l’auteur Hervé Guibert que je prends ces jours-ci plaisir à redécouvrir grâce à l’écrivain Mathieu Lindon (Hervelino, P.O.L).

 

 

Vous avez été nominée pour le prix de Flore et le prix Renaudot pour ce premier  roman, quel sentiment cela procure-t-il ?

Je dois dire que cela procure exactement tout ce que l’on peut imaginer de surprise, de satisfaction et de joie, surtout pour un premier roman. Mais très vite, une fois sélectionnée, la vie reprend le dessus : on a peur, on veut l’emporter et ça ne dépend plus de nous!

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Qu’est-ce qui est le plus difficile dans l’écriture ? 

Le plus difficile dans l’écriture est de réussir à s’extirper du monde pour se consacrer à ça et rien qu’à ca. Il faut qu’écrire soit votre priorité. Votre plus grand projet. Votre plus grand amour. Votre plus grand devoir. Et évidemment ce n’est jamais le seul ! Il faut faire en sorte, avec ses petits poings, que l’écriture gagne le combat.

 

Vous avez publié récemment « L’avocate était une femme » avec la pénaliste  Julie Minkowski (JC Lattès). Dans l’introduction vous revenez sur le parcours de  Gisèle Halimi qui prônait la sororité, la solidarité, l’union des femmes. En quoi  ce parcours vous inspire-t-il ? 

Oui, nous avons terminé ce livre au moment où Gisèle Halimi disparaissait. C’était un encouragement. Ou une confirmation que nous avions bien fait. Nous l’avons interprété comme ça en tout cas! J’a récemment lu le livre qu’Annick Cojean avait entamé avec elle (Une farouche liberté, Grasset) et je dois dire que j’ai été touchée par la façon dont Gisèle Halimi s’est construite en opposition à son milieu et aux valeurs que sa mère -notamment- voulait lui transmettre et également sa façon de parler de l’homme avec lequel elle a fini sa vie et du soutien qu’il lui apportait, quelles que soient les causes qu’elle défendait. C’était une grande féministe qui savait reconnaître que sans lui elle en aurait peut-être moins fait. Cet aveu, venant d’elle, m’a touchée.

Dans ce livre vous dressez le portrait de 9 brillantes avocates pénalistes (Céline  Lasek, Cécile de Oliveira, Frédérique Pons, Frédérique Baulieu, Caroline Toby,  Marie Dosé, Rachel Lindon, Jacqueline Laffont et Corinne Dreyfus-Schmidt) qui  ont eu à traiter des affaires parfois très médiatiques (Cantat, Ilan Halimi,  Sarkozy). Qu’admirez-vous le plus chez ces femmes ? 

Elles sont toutes très différentes mais elles peuvent toutes changer la vie d’individus qu’elles ne connaissent pas, avec qui elles n’ont, le plus souvent, rien à voir. Aussi, elles n’ont pas peur d’affronter ce que la société aimerait leur reprocher parfois : elles les défendent tous, quels qu’ils soient et quoi qu’ils aient fait, simplement parce qu’ils sont, comme elles, des êtres humains. 

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Si vous pouvez inviter 3 personnes à un dîner, quelles seraient-elles ? 

J’aimerais en inviter quatre : mes grands-parents que j’ai perdus trop tôt pour la plupart, j’ai tant de questions pour eux...et j’aimerais que mon compagnon les connaisse.

Comment partagez-vous votre temps aujourd’hui ?

Je partage mon temps entre la rédaction d’articles et l’écriture de livres (je viens de rendre mon deuxième roman et commence l’enquête d’un deuxième essai). Je travaille également à l’adaptation audiovisuelle de L’avocat était une femme. Et quand je ne fais rien de ça, je cours sur les quais de Seine ou je pars voir la mer !

 

Photo : Bastien Lattanzio

 

Quel est le roman (ou le film) qui vous a le plus marqué et pourquoi ? 

Je parle très souvent de “La Crise” de Coline Serreau. C’est un film sorti en 1992 et que je trouve très contemporain et d’une justesse incroyable (même si ceux que je baratine pour qu’ils le regardent pensent que “ça a vieilli”). Sa réalisatrice avait tout vu : les bobos de gauche, les yogis, les fractures dans les banlieues, le décalage entre les hommes politiques et la société dans laquelle ils vivent.  Sans parler de la justesse des relations des familles recomposées, divorcées, etc...

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Quel est le rêve qui vous reste à réaliser ? 

Je crois que je ne l’ai pas encore réalisé en effet mais je suis superstitieuse alors je vais le garder pour moi;)

Quel est le plus beau voyage que vous ayez réalisé ? Pourquoi ? 

Je pense que le plus beau sera le premier grand voyage que je ferai après cette parenthèse d’avion et d’aéroports. J’adore prendre des longs courriers seule. Mon esprit n’est jamais aussi développé que là. Sans doute parce que je n’ai pas de téléphone ou de lien avec l’extérieur (je suis totalement contre les abonnements wifi en avion !) J’ai de grands souvenirs de trajets, le dernier étant pour Cape Town en février!

Quel est le meilleur conseil qu'on vous ait jamais donné ?

J’ai une amie anglaise qui me répète très souvent “You’ ll have it all” -sous entendu tu peux tout avoir, tu vas tout avoir dans ta vie ! J’y pense souvent.

Comment progressez-vous ? 

Je ne sais pas vraiment si je progresse mais j’essaye de ne pas relâcher les exigences que je m’impose. 

Quelle est votre addiction ? 

Je fume toujours quelques cigarettes par jour. C’est mal ! Mais celles que je fume sont quasi introuvables, ça me sauve ! 

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Que pensez-vous des compléments alimentaires ? En prenez-vous personnellement ?

Je pense que l’alimentation est un élément clé de notre énergie. Il suffit de voir l’état de fatigue dans lequel on se trouve après un excès et, a contrario, la forme que l’on retrouve assez vite quand on fait quelques réglages. Et les compléments alimentaires, bien sûr, aident j’en suis convaincue! Je prends des omégas 3 pour la peau, de l’acérola pour la vitamine C et du zinc pour mes défenses immunitaires ! Je fais aussi des cures de chlorophylle en comprimés et à chaque changement de saison, des ampoules un peu cocktail!

Que pensez-vous de Konjak Paris ? Avez-vous un conseil nous prodiguer ?

Le packaging de Konjak est vraiment bien car il déplace le complément alimentaire du rayon santé et parapharmacie au rayon beauté. Il y a un aspect ludique et “glamour” même si je déteste ce mot. L’esthétique et l'identité du compte instagram y sont aussi pour beaucoup. Franchement, à votre stade je n’ai pas de conseil à vous donner. Peut-être expliquer davantage les bienfaits du konjac sur l’organisme que je n’ai pas encore complètement saisis ! Même si j’en consomme à la place des pâtes pour éviter le gluten !

 

Merci Lisa <3

*Photo à la une : Franck Ferville

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