Interview de Anne Kerveillant, fondatrice de My Lubie

« Je n’ai pas peur ! ». C’est le cri du cœur que nous a lancé Anne Kerveillant après une heure de discussion quand on lui a demandé comment elle progressait. Anne nous a vraiment bluffé par sa vision pertinente du business, sa détermination et ses multiples talents ! Elle est la fondatrice de My Lubie, une marque de bien-être intime vraiment géniale avec un produit au top et de belles valeurs ! Rencontre avec une entrepreneure de génie dont vous allez entendre parler à l’avenir !

 

 

Bonjour Anne, peux-tu nous raconter ton enfance et ton parcours ?

Je suis la petite dernière d’une famille de 5 enfants. J’ai baigné depuis toute petite dans un milieu entrepreneurial, mon père a fondé une boutique de conseil en fusions/acquisitions (Equideals) pour faciliter la transmission de PME. J’ai toujours été hyperactive et fait beaucoup de sport : tennis, volley-ball, sports nautiques et des activités comme le théâtre. Après mon bac et une prépa j’ai intégré une école de commerce l’EM Lyon et me suis dirigée, un peu par atavisme familial, vers la finance. Pendant un stage chez EY dans le département Transaction Services (qui consiste à éplucher les comptes d’une société avant de l’acheter), je me suis aperçue que ça ne correspondait pas vraiment, que la hiérarchie était pesante et que mon côté créatif était bridé. Je me suis donc dirigée vers l’entrepreneuriat et ai créé une société de jeu de cartes.

C’était une évidence, l’entrepreneuriat ?

Oui totalement. Mes frères aussi sont entrepreneurs. Je crois que j’ai toujours eu un caractère un peu rebelle, qui aime créer des choses et être maître de son destin. Créer des produits, être libre je trouve que c’est vraiment excitant ! C’est vraiment une école d’apprentissage, tu apprends sur le tas plein de choses que l’on n’apprend pas à l’école : gérer des fournisseurs, des stocks, ta trésorerie, apprendre à croître de manière frugale en faisant beaucoup avec peu de moyens, je trouve ça génial ! J’adore cuisiner et quand je cuisine avec des gens, j’en viens rapidement à diriger les opérations !

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Quelle a été la genèse de My Lubie ?

Mon business de jeu de cartes marche bien, on est vendus à la Fnac et sur des marketplaces mais fondamentalement je cherche un projet plus ambitieux et qui correspond davantage à mes valeurs profondes. En juillet 2019, je constate qu’en matière de bien-être intime et de marques clean on a vraiment du retard par rapport aux Etats-Unis où le marché est beaucoup plus développé. Comme j’habite dans le quartier de Pigalle à Paris, je suis aux premières loges pour constater que les produits sur le marché ne correspondent pas à mes critères : trop de produits chimiques, pas d’écoresponsabilité ni de traçabilité. Je décide alors de créer la marque dont je rêve en tant que cliente afin d’en faire bénéficier le plus grand nombre.

J’interroge alors mon entourage sur leur expérience en matière de lubrifiant et les retours sont édifiants : aucun produit vraiment clean, ça brûle, parfum de fraise chimique, pas joli, packaging hyper genré… bref il y a un coup à jouer. Pour améliorer l’expérience de ceux qui utilisent déjà un lubrifiant dans leur vie intime (et qui doivent parfois s’approvisionner aux Etats-Unis) et pour convaincre les gens qui n’ont jamais essayé que ça peut vraiment améliorer leur vie sexuelle et décupler leur plaisir.

 

Du coup quelle est l’étape suivante ?

Après l’idéation, j’avais deux gros chantiers : le produit et la communauté.

Sur le produit, j’ai créé une super formule, 99% naturelle, sans substances controversées. En effet, certains lubrifiants vendus dans le commerce contiennent des substances chimiques potentiellement toxiques pour la santé comme des parabènes et des phtalates. Chez nous, pas de silicone mais de l’eau, de l’huile de calendula pour hydrater et apaiser, de la vitamine E ou encore de la gomme xanthane. Pour la formule, nous avons été accompagnés par CompoScan, le Yuka des produits cosmétiques. Tous les ingrédients ont été passés au crible. Nous avons par exemple enlevé la glycérine qui est suspectée de provoquer des mycoses chez les femmes. Notre lubrifiant est compatible avec les sex toys, avec les préservatifs, hydratant et apaisant. Vraiment le meilleur produit possible, naturel, vegan, made in France et écoresponsable.

Son tube est fabriqué à partir de canne à sucre, recyclable et sans packaging secondaire. La plupart des lubrifiants vendus dans le commerce sont élaborés en Thaïlande. Le nôtre est fabriqué dans un laboratoire certifié et reconnu situé en Bourgogne. 

Ensuite, j’ai mis en mouvement sur les réseaux sociaux une communauté engagée autour du sex wellness en développant un discours autour des valeurs d’inclusivité, de diversité, d’absence de jugement, de valorisation du plaisir. L’idée c’est d’ouvrir une discussion sur des thèmes parfois un peu tabous comme la relation libre, le décalage de libido, mais qui permettent de déculpabiliser et d’articuler un message positif.

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Justement comment concilies-tu le message plus médical et celui autour du sexe récréatif ?

Je suis vraiment sur le segment récréatif, j’en avais un peu marre que l’éducation sexuelle ne parle que des MST et de contraception : le sexe c’est surtout de l’échange, de la tendresse, une des activités les plus agréables du monde je crois que tout le monde est d’accord là-dessus.

 

Quelles sont les valeurs que vous défendez ?

La qualité du produit, l’écoresponsabilité, l’inclusivité, le non genré (le produit a été pensé pour être utilisé par tous), la bienveillance, l’acceptance, le made in France.

Je me retrouve assez dans les valeurs portées par les comptes Instagram jemenbatsleclito, jouissanceclub, mashasexplique ou wiculpedia. Le podcast les couilles sur la table ou les chroniques de Maïa Mazaurette m’inspirent aussi.

 

 

Peux-tu nous raconter le déroulement de ta compagne Ulule ?

La campagne a été un franc succès ! L’objectif c’était de faire connaître la marque My Lubie et démarrer la production. La contrainte c’était que les publicités (facebook, Instagram, Google) n’étaient pas possibles car on est sur un segment sensible les plateformes ne veulent pas prendre de risque.

Donc j’ai fait beaucoup de teasing, avec un groupe de 50 amis ou connaissances pour amorcer la pompe. Mademoizelle a fait un super article qui nous a donné de la visibilité. 25.000 emails ont été envoyés en récupérant des listes à droite à gauche (par exemples les alumni de l’EM Lyon !). J’ai eu de super retours sur Linkedin avec 500 likes sur le premier post. Des influenceurs ont relayé le message bénévolement ! La vidéo était magnifique et je crois qu’on a eu de la chance sur le timing car on a lancé notre campagne le 2 juin, juste après le déconfinement. Le storytelling était bon et le sujet un peu « croustillant », je me souviens avoir surpris des gens que je ne connaissais pas en parler à une soirée, on a fait le buzz ! On estime qu’on a touché environ 1% de la population française soit 600.000 personnes lors de cette campagne !

J’étais hyper convaincue sur le produit et le bouche à oreille a bien fonctionné. Le message, sérieux sur la démarche mais décomplexant sur le sexe a été bien perçu. On avait mis un bob comme goodie et la mention dans la newsletter d’Ulule a donné un petit boost.

On a eu des acheteurs de tous âges, plutôt des citadins à l’affût des nouvelles marques.

 

 

Quels sont tes canaux de distribution ?

Mon principal canal de vente c’est mon site mylubie.com. Je veux conserver ce lien fort avec mes clients. Je distribue également via un réseau de pharmacies mais je souhaite que le produit soit davantage vu comme un produit cosmétique, de bien-être qu’un produit répondant à un besoin médical. Donc à terme, le lubrifiant pourrait être vendu dans des enseignes comme Blissim, Monoprix ou Sephora. Ou bien des réseaux de boutiques bio. Notre packaging est bilingue français/anglais ce qui nous permet de vendre partout en Europe. 60% de nos clients sont des femmes.

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Comment envisages-tu la suite de My Lubie ?

J’espère que la marque touchera de plus en plus de monde, je souhaite élargir la gamme. J’ai un lubrifiant à base d’huile qui sortira en mars. A terme je pense lancer une huile de massage, des préservatifs ou des vibromasseurs. Et bien sûr déployer à l’international.

 

Quelle est ta plus grande fierté d’entrepreneure ?

Avoir réussi à lancer ce produit. Il y a eu beaucoup d’embûches avec le laboratoire car notre cahier des charges était vraiment inhabituel et compliqué. Je n’ai pas baissé les bras et j’y suis arrivée ! Aujourd’hui nous n’avons aucun concurrent en France qui propose un produit aussi spécial et engagé que le nôtre !

Après toutes les péripéties de 2020, être arrivée à lancer ce produit aligné avec mes valeurs, réaliser 2.500 ventes me remplit de fierté !

 

Comment partages-tu ton temps aujourd’hui ? Parviens-tu à déléguer ?

Aujourd’hui je pilote pas mal de choses seule avec l’aide de Shauna, une alternante de l’ISCOM qui m’aide énormément. Elle avait créé un média féministe et était venue m’interviewer. Depuis elle travaille à mes côtés et c’est un vrai bonheur ! J’utilise pas mal d’outils de productivité : Trello (avec des objectifs par jour et par semaine), Slack, Google Drive, Later pour les réseaux sociaux, Hubspot pour le CRM et Klaviyo pour les envois d’emails. La plateforme e-commerce a été construite sur Shopify. Je suis en train de travailler sur un nouveau site avec un freelance qui devrait être lancé en février 2021.

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Quel est le film qui t’a le plus marqué et pourquoi ?

Un film qui m’a bouleversée c’est « Call me by your name » (de Luca Guadagnino). C’est un film qui se passe en Toscane pendant un été où tout paraît parfait, avec un sentiment de liberté, il y a un érotisme d’une infinie douceur. 

 

Quel est le plus beau voyage que tu aies réalisé ?

Un voyage de 2 semaines en Patagonie en 2015 en sac à dos avec un copain. Une reconnexion avec la nature immaculée, des paysages (montagnes enneigées, eau bleu turquoise) à couper le souffle. Entre le Chili et l’Argentine, il y a une randonnée qui s’appelle le treck W qui est vraiment magique.

 

Comment progresses-tu ?

Je n’ai pas peur ! J’essaie de progresser par petites touches, en acceptant le stade d’où je pars et en essayant de progresser par baby steps un peu comme au sport quand tu rajoutes chaque jour 500 mètres à courir ! J’essaie de bien m’entourer également et de progresser au contact des autres.

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Que penses-tu des compléments alimentaires ? En prends-tu personnellement ? 

Ecoute ma maman s’intéresse beaucoup à la naturopathie donc je baigne là-dedans depuis toute petite ! Je prends de la vitamine C, du zinc, du sélénium, de l’extrait de plein de pamplemousse, de l’échinacée.

En ce moment j’accompagne une société (FLOUF) qui va lancer des compléments alimentaires pour chiens sous forme de friandises. Donc c’est un secteur dans lequel je crois !

 

Que penses-tu de Konjak Paris ? As-tu un conseil nous prodiguer ?

Vous faites partie de marques qui me parlent et j’apprécie la démarche de Kahina qui a été de créer le meilleur produit pour elle et d’en faire profiter votre communauté. J’adhère évidemment à votre démarche écoresponsable et trouve votre positionnement à mi-chemin de la nutrition et de la cosmétique pertinent ! Mon conseil serait d’élargir votre gamme en gardant votre exigence absolue de qualité !

 

Merci beaucoup Anne <3

 

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