Interview d'Anaïs Maury, Directrice de la communication et des affaires publiques d’Ynsect

Vous avez sans doute déjà entendu parler d’Ÿnsect, une des sociétés françaises les plus en vue (levée de fonds de €316 millions, excusez du peu). Chez Konjak Paris, c’est notre start-up préférée, celle qui allie excellence scientifique française, innovation et développement durable ! En produisant de l’alimentation à base d’insectes, elle s’inscrit parfaitement dans le concept d'économie circulaire en contribuant à un système alimentaire mondial plus durable. Le changement climatique et la croissance démographique mondiale nous imposent en effet de produire plus de nourriture avec moins de terres et de ressources sans déforester ni vider les océans. Anaïs a rejoint cette pépite pendant le premier confinement pour s’occuper de la communication et des relations avec les pouvoirs publics. Dans cet entretien passionnant elle revient sur son parcours, nous raconte l’aventure Ÿnsect et nous donne quelques conseils judicieux ! 

 

 

Peux-tu nous raconter ton enfance ?

 

J’ai grandi à Paris, j’étais la dernière d’une fratrie de 3. Le week-end nous allions à la campagne dans un tout petit village entre l’Essonne et la Seine et Marne je dois avouer que c’est là où j’étais le mieux, dans la nature à jardiner, construire des cabanes ou chercher des champignons. On dit des derniers enfants qu’ils sont choyés, les petits chouchous, ce n’est pas faux mais il faut aussi trouver sa place ! J’ai toujours eu un caractère très déterminé, un peu hyperactive. Ma mère était lectrice de manuscrits chez Denoël j’ai hérité d’elle le goût des livres, des histoires un bon moyen de s’évader, mon père était patron de titres de presse.

 

Comment as-tu choisi tes études ?

 

La communication n’a pas été une révélation ! J’ai commencé par la fac de droit, je n’avais pas trop d’idée je savais juste que je voulais rester dans une filière généraliste qui permet de toucher à tout, de mieux comprendre le monde qui nous entoure, le droit représentait pour moi la Justice.. Ces études donnent une bonne vision d’ensemble, on fait un peu d’économie, un peu d’histoire, un peu de sociologie, c’est assez transverse. En même temps c’est l’école de la rigueur, il faut sans cesse rechercher des solutions. Ensuite j’ai poursuivi par un master en école de commerce (INSEEC) c’était le moment du boom des fondations d’entreprises, je trouvais cela intéressant de redonner à l’entreprise un place qui soit plus d’économique, un rôle sociétal, culturel et environnemental.

 

Comment s’est déroulé ton parcours ensuite ?

 

J’ai commencé ma carrière dans le mouvement patronal ETHIC, où j’ai notamment organisé un colloque à l’ONU à Genève sur la nouvelle éthique du capitalisme, vaste sujet !c’était passionnant. Ensuite j’ai rejoint l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires), une association qui rassemble 39 syndicats métiers et 16 associations régionales dans le secteur des industries alimentaires. J’étais la cheffe de cabinet du président Jean-René Buisson. Il fait partie des gens qui voient « au-delà » et n’hésitent pas à faire confiance et il été mon « mentor » pendant toutes ces années, d’ailleurs c’est encore lui que j’appelle quand j’ai besoin d’un conseil !  J’y ai géré des dossiers transverses et stratégiques, rédigé des notes pour les interventions, géré des crises, la dernière celle de la viande de cheval dans les lasagnes et suis restée 3 ans et demi. J’ai ensuite rejoint une ONG, la fédération française des PEP (Pupilles de l’Enseignement Public), c’est un réseau de 123 associations de proximité fédérées au sein d’une Fédération Générale qui agit pour une société plus inclusive. L’idée est que tout le monde puisse accéder aux mêmes droits ; école, vacances, santé, droits civiques en créant des solutions adaptées aux besoins de chacun : auto-écoles pour handicapés, centres équestres pour autistes. C’était vraiment hyper intéressant mais je souhaitais un poste avec davantage de challenge et d’adrénaline. J’ai alors retrouvé Jean-René Buisson chez Sopexa, une agence émanant de l’Etat dont l’objectif était de promouvoir les produits et savoirs faire agroalimentaires français à l’international. Le brief des actionnaires était d’e faire une entreprise rentable, une réelle agence de communication Le changement d’actionnaires a été la dernière pierre de la transformation de l’agence et c’est à ce moment-là que j’ai décidé de quitter l’entreprise pour prendre 6 mois off pour voyager, réfléchir à ce qui était vraiment important pour moi, me reconnecter avec mes envies... Je voulais trouver un poste avec du sens.

À LIRE AUSSI : Interview de Jeanne Dubarry de Lassalle

Qu’est-ce qui t’a fait sauter le pas pour rejoindre l’aventure Ÿnsect ? 

 

Un peu par hasard, J’avais signé pour commencer un nouveau job dans l’évènementiel. Quelques jours après avoir commencé j’ai revu Antoine Hubert que j’avais croisé 5 années plus tôt à un dîner à cette époque-là je me souviens avoir dit « s’il y a une start up du secteur pour laquelle j’aimerais travailler ce serait celle-ci » ! Difficile de refuser cette proposition, elle correspondait exactement ce que je cherchais : rejoindre un groupe qui a du sens, ambitieux et innovant, autour du développement durable. 

À LIRE AUSSI : Interview de Madeleine Morley, cofondatrice de Tomojo

Quel est ton rôle précis chez Ÿnsect ?

 

Je m’occupe de la communication et des affaires publiques. Petite équipe pour le moment mais  je suis en train de recruter une personne pour me seconder. Concrètement mon rôle inclut :

  • la communication interne, nous sommes 150 personnes disséminées sur 5 sites, il faut maintenir la cohésion d’équipes, l’adéquation avec les valeurs, intégrer les nouveaux arrivants.
  • la communication externe : presse, TV, médias à la fois grand public et spécialisés (agro, finance).
  • les affaires publiques : les relations avec les ministères et décideurs.

 

Qui sont les fondateurs de l’entreprise ? Comment est née l’idée 

 

Ÿnsect est créée en 2011 par 4 cofondateurs : Antoine Hubert (AgroParisTech), Jean-Gabriel Levon (HEC ParisPolytechnique), Fabrice Berro (Ensimag) et Alexis Angot (Essec). Antoine Hubert et Alexis avait fondé ensemble une association Worganic dont l’objectif était de reconnecter les citadins avec la nature et de lutter contre le gaspillage. C’est comme cela qu’ils ont découvert un rapport de la FAO présentant l’insecte comme l’une des solution permettant de répondre aux défis de demain. 

Le constat était simple : d’ici 2050, nous devrons augmenter de plus de 70% la production alimentaire globale pour faire face aux besoins de la population de notre planète. Et ce, avec seulement 5% de terres agricoles supplémentaires.

Aujourd’hui, les animaux d’élevage consomment 20% des protéines mondiales, en concurrence directe avec la consommation humaine, alors que les ressources en poissons, en eau et les richesses du sol et de la terre diminuent.

Liés par leurs engagements environnementaux, les quatre hommes souhaitaient créer ensemble un projet d’entreprise à impact, dans lequel les insectes contribueraient à l’approvisionnement mondial en matière de protéines. 

Ÿnsect contribue à ce défi mondial en proposant une solution efficace, naturelle et durable : produire plus de nourriture avec moins. Ainsi, contrairement à l’alimentation traditionnelle des animaux, la production d’insectes :

  • Nécessite, pour 1kg de protéines, 100 fois moins de surface agricole qu’1kg de protéines animales
  • Consomme 25% d’eau en moins
  • N’utilise pas d’antibiotiques

 

Ainsi, depuis sa création en 2011, Ÿnsect élève et transforme des insectes en ingrédients premium destinés à la nutrition humaine, animale et végétale. Nous développons des innovations pour élever des insectes à grande échelle et nous automatisons des procédés pour transformer les insectes en matières premières de la plus haute qualité. Notre savoir-faire est unique au monde et fait de Ÿnsect un partenaire incontournable pour les professionnels de l’agroalimentaire, les laboratoires de recherche, les investisseurs et institutions publiques.

Ÿnsect vise à élever des vers de farine pour fournir des protéines destinées à l’alimentation animale et de l’engrais, peux-tu nous parler de l’usine ultra high tech en construction à côté d’Amiens ?

Nous élevons et transformons nos insectes en France, pour le moment à Dole dans le Jura et bientôt à Poulainville près d’Amiens. Les insectes juvéniles sont nourris et grandissent pendant plusieurs semaines dans des conditions optimales. Lorsque les larves de Molitor arrivent à maturité, 95% d’entre elles sont transformées en protéines et en huile premium, sans aucun ajout de composé chimique.  Les 5% restants deviennent adultes et se reproduisent pour assurer le renouvellement de la population juvénile.

Les travaux de la ferme verticale de Poulainville ont commencé le 17 mars dernier. Elle sera la plus grande ferme verticale au monde et la première carbone négative. Les élevages d’insecte existent depuis toujours, par exemple le ver à soie, le défi était celui de l’automatisation. Nos fermes sont 4.0 l’étude de la data nous permet de suivre au plus près nos insectes, leur croissance… 

La mobilisation d’Amiens Métropole et de ses partenaires (Etat, Région, Département, CCI Amiens-Picardie) a permis la concrétisation de ce projet Ÿnfarm. A terme, ce sont 500 emplois directs et indirects qui seront créés. 

 

Comment Ÿnsect permet-il de répondre à la problématique de développement durable et quelles sont les valeurs clés de l’entreprise ?

 

L’accroissement démographique et l’amélioration du niveau de vie, ont fortement impacté la demande alimentaire mondiale entrainant des besoins en protéines considérables, que ce soit pour la consommation humaine, mais également pour l’alimentation animale (poissons, volailles, bétail). Ainsi, la FAO, considère que la consommation de protéines animales augmentera de 52 % entre 2007 et 2030. Or, cette forte croissance représente un risque élevé pour les écosystèmes mondiaux déjà très fragilisés par l’intensification des besoins en eau et en terres qui génèrent toujours plus d’émissions de gaz à effet de serre.

En cultivant des scarabées Molitor, Ÿnsect utilise 98% moins de terres qu’une ferme traditionnelle tout en réduisant considérablement son empreinte carbone et écologique : les méthodes de production d’Ÿnsect ne génèrent aucun déchet et est carbone négative. En effet, les analyses menées par un cabinet indépendant mettent en évidence que le projet Ÿnfarm sur l’ensemble de sa chaine de valeur séquestre et évite plus de CO2 qu’il n’en émet.

La responsabilité de notre entreprise Ÿnsect s’applique sur toute la chaine de l’élevage : de l’approvisionnement responsable auprès de nos fournisseurs si possible locaux, au bien-être des insectes pendant l’élevage, à la valorisation de l’ensemble des composantes des insectes pour être « zéro déchets » dans nos fermes, et bien sûr à la qualité des relations que nous entretenons avec l’ensemble de nos parties prenantes. Nos insectes sont nourris avec ce qu’ils consomment naturellement, principalement des coproduits, comme le son de blé. Nous en garantissons la totale traçabilité.

Nos sont déterminés par les salariés eux même se sont  :

  • Explorateur
  • Adapatbilité
  • Authenticipé
  • Solidarité 
  • Equilibre


    Pourquoi avoir choisi le segment des aliments haut de gamme pour animaux domestiques et d’aquaculture comme marchés ciblés (vs. volailles et porcs) ?

 

Pour des raisons réglementaires car le marché s’ouvre progressivement avec des règles européennes qui deviennent de plus en plus souples. Tout le monde est en train de comprendre que cette filière est LA réponse à nos enjeux de croissance soutenable.

 À LIRE AUSSI : Interview de Jeanne Dubarry de Lassalle

Ÿnsect a réalisé une série C représentant une des plus grosses levées de fonds dans le secteur Agtech tous pays confondus, qu’est-ce qui explique ce leadership français ?

 

Nous sommes un grand pays agricole avec une expérience unique en matière agronome. Les filières agricoles sont bien organisées, les formations sont très pointues on a bénéficié d’un soutien public important (BPI, incubateur). Et il y a des entrepreneurs de génie qui ont une vision !

 

Comment fait-on pour avoir Iron Man (Robert Downey Jr.) à son tour de table ?

 

Oui il est passé sur The Late Show avec Stephen Colbert après le Superbowl et a montré nos produits, ça nous a fait de la publicité ! Il faudrait lui demander ! Je pense qu’on le séduit  avec un projet concret, visionnaire, qui peut contribuer à changer le monde et une équipe talentueuse 😉! 

 

Quelle est ta plus grande fierté ?

 

C’est d’avoir pris ces 6 mois off et d’en avoir profité sans avoir peur de l’après. C’était un moment clé je le conseille à tout le monde ! 

 

Si tu pouvais inviter 3 personnes à un dîner, quelles seraient-elles ?

 

Le navigateur Jean Le Cam, un personnage impressionnant et une belle personne, Banksy un artiste de street art qui mêle souvent politique, humour et poésie, il a des engagements intéressants et Barack Obama, dont j’ai fini le livre et dont le parcours est vraiment admirable.

À LIRE AUSSI : Interview de Grace Mehrabe, cofondatrice de Outmind

 

Quel est le roman (ou le film) qui t’a le plus marqué et pourquoi ?

 

Le Petit prince d’Antoine de St-Exupéry, à chaque relecture il y a des choses que l’on n’avait pas vue, enfant on pense que c’est un conte mais au fur et à mesure qu’on avance dans la vie on y découvre de nouvelles leçons de vie ! Sinon récemment j’ai beaucoup aimé L’Anomalie de Hervé Le Tellier, qui parle d’introspection et qui sied bien à notre époque.

 

Quel est le rêve qui te reste à réaliser ?

 

Voir les aurores boréales en Norvège. Je devais y aller en mars 2020 mais le voyage n’a pas pu se faire à cause des évènements. Je rêve de ce paradis blanc avec les chiens de traineau et cette lumière incroyable. Je croise les doigts pour 2022 !

 

Quel est le plus beau voyage que tu as réalisé ? Pourquoi ?

La Jordanie, c’était magique !

 

Comment progresses-tu ?

 

En me remettant en permanence en question, en écoutant les autres.

 

Tu sièges au board de Sur les bancs de l’Ecole, peux-tu nous en dire davantage ?

C’est une association créée par des parents de 3 enfants avec troubles autistiques, qui a pour objectif de répondre aux besoins des familles concernées par ce handicap de manière concrète, globale et opérationnelle. On a ouvert « La Maison de TED » dans le 15e Arrondissement où 200 familles sont aidées par l’association annuellement et bénéficient des différents services proposés. Elles trouvent sur place un centre de documentation, des ateliers de guidance parentale et des bénévoles les accompagnent dans toutes leurs démarchent administratives. 65 enfants sont accueillis tout au long de la semaine à La Maison de TED Paris par un réseau de professionnels libéraux spécialisés partenaires de l’association (psychologues, psychomotriciens, orthophonistes, art-thérapeutes, etc.) ce qui permet la mise en œuvre d’une prise en charge personnalisée. Je m’occupe de la communication de l’association et des relations avec les pouvoirs publics.

 

Que penses-tu des compléments alimentaires ? En prends-tu personnellement ? 

J’ai été à bonne école, ma mère est devenue une spécialiste à chaque problèmes son complément : vitamine D, magnésium, pour combattre le stress et favoriser l’immunité.

 

Que penses-tu de Konjak Paris ? As-tu un conseil nous prodiguer ?

 

C’est un projet très chouette, je trouve vos valeurs de transparence, efficacité et simplicité très inspirantes et dans l’air du temps !

 

Merci Anaïs <3

Commence à prendre soin de toi dès maintenant